Le Secret des Grains de Grenade
 

Il y a bien longtemps de cela, dans un village au bord de l’océan, vivait un géant, méchant et gourmand, qui portait le nom de Grand Poucet. Haut comme trois frigos, il dévorait tout ce qui se trouvait sur son chemin.
Il avait une grande famille, tous habitaient sous son toit : une épouse, une ribambelle de bambins, une grand-mère et un grand-père.
Et pour s’occuper de tout ce petit monde, Grand Poucet avait à son service une femme de ménage et son perroquet. En échange de divers travaux dans la maison, Grand Poucet lui donnait un lit et un repas par jour.
La femme de ménage était calme et douce. Elle n’avait ni mari, ni enfant, et travaillait énormément.  Grand Poucet lui demandait de passer le balai dans tous les recoins de la maison, de préparer le repas pour toute la famille, du lundi au dimanche, trois fois par jour. Elle était chargée de toutes les corvées les plus épuisantes et n’avait droit ni au repos, ni aux vacances, et avalait en tout et pour tout qu’un seul repas quotidien composé invariablement d’une bouillie de tapioca, d’un fruit du dragon et d’un gobelet d’eau piquante agrémentée de piments rouges.
Sur son épaule, venait se poser tout au long de la journée, son perroquet. Ses plumes douces et soyeuses étaient bleues, vertes, violettes et jaunes. Il avait l’air sympathique, mais hélas…c’était une plaie cet oiseau !! Il répétait tout ce qu’on lui disait. Et malheureusement, il répétait tout ce qu’il entendait à Grand Poucet.

Le perroquet était aussi très gourmand, il picorait tout ce qu’il pouvait trouver : des grains de maïs, des grains de grenade, fouillait dans les bocaux, dans les bols, dans les casseroles !
Mais voilà, tout ce qu’il picorait disparaissait et Grand Poucet, toujours affamé, se demandait où toute sa nourriture avait bien pu passée…
Le perroquet, effrayé par la colère de Grand Poucet, dénonça la femme de ménage. Il alla parlé à Grand Poucet : « c’est la femme de ménage, la gourmande, la voleuse, la pilleuse ! Je l’ai vu, fouiller dans les bocaux, les bols et les casseroles, c’est elle qui te vole ! »

Grand Poucet senti la moutarde lui monter au nez, son sang ne fit qu’un tour dans ses veines et là de la vapeur sorti de ses oreilles. Il était très en colère.
La femme de ménage, cachée derrière la porte de la cuisine, avait tout entendu. Elle était terrifiée et effondrée car bien sûr ce n’était pas elle la voleuse. Elle connaissait parfaitement le coupable mais comment le prouver à Grand Poucet qui allait certainement vouloir la chasser ou même la punir !

Grand Poucet se calma un peu et raconta à son épouse toute l’histoire. Celle-ci qui était aussi gourmande et méchante que son mari, décida qu’il fallait agir. Et tous deux montèrent un plan diabolique. Ils proposèrent à toute la famille d’aller au bord de l’océan, prendre du bon temps, se baigner et s’amuser. Et ils invitèrent la femme de ménage et le perroquet à se joindre à eux. Elle fut bien surprise de cette invitation, mais n’ayant pas eu de vacances depuis très longtemps elle accepta de les accompagner.
Aussitôt, tous se mirent en chemin, et marchèrent de très longues heures pour arriver à une première plage.

Mais prétextant que le sable était trop chaud, ils continuèrent leur route jusqu’à une autre plage. La femme de ménage ne reconnaissait pas cet endroit, ni le chemin emprunté pour arriver jusque là. Arrivés sur cette seconde étendue de sable, Grand poucet dit que cette fois-ci l’eau était trop froide et ils continuèrent leur route jusqu’à une prochaine plage. Ils marchèrent pendant des heures. La femme de ménage était épuisée et espérait que cette fois-ci tout conviendrait à Grand Poucet.
Là, sur cette troisième plage, le sable était blanc et tiède, il était lisse et doux. L’eau était d’un vert éclatant. Le soleil qui commençait à se coucher donnait une couleur rosée à l’horizon. C’était un paysage somptueux. Et Grand Poucet décida de s’arrêter ici. Il dit à la femme de ménage d’aller dans l’eau pour leur pêcher des poissons pour le dîner et qu’il était hors de question qu’elle remette un pied sur le sable sans poisson. Elle s’exécuta.
Elle rentra dans l’eau avec son filet et guetta les poissons. Elle entendait au loin les voix de Grand Poucet et de toute la famille, ils riaient et avaient déballé toutes leurs provisions : des fruits, des gâteaux, des pâtés, des viandes cuisinées… ! Un vrai festin se préparait sur la plage.

La femme de ménage avait du mal à pêcher des poissons, et regardait au loin la famille de Grand Poucet se régaler avec tous ces mets délicieux. Elle avait faim et elle était épuisée.
Le soleil s’était couché et il faisait de plus en plus sombre, mais le ciel était étoilé et la lune commençait à se refléter dans la mer.
Notre femme de ménage scrutant le fond de l’eau pour y trouver des poissons, entendit du bruit au loin et en se retournant vers la plage elle s’aperçut que toute la famille s’en allait, ils étaient en train de l’abandonner. Elle courut dans l’eau, leur criait de l’attendre mais comme elle était loin, ils ne l’entendirent pas. Elle les vit s’éloigner et disparaître dans les dunes.
Elle était désespérée, car elle ne connaissait pas la route pour rentrer dans son village. Elle comprit à cet instant que ce voyage à la mer était en fait sa punition. Ne sachant que faire, les pieds dans l’eau, elle commençait à pleurer, quand soudain elle aperçut une forme surgir des flots. Elle eut très peur et fit un bond en arrière. Puis elle entendit une voix, et elle s’aperçut que devant elle se tenait un jeune garçon, à l’allure un peu particulière. Il avait la peau bleue, une nageoire sur le dos, les pieds et les mains palmés. Il se présenta et lui dit : « je m’appelle Océan, je suis l’enfant des mers. Pourquoi es-tu si triste ? »

Et la femme de ménage lui expliqua toute sa mésaventure. Alors Océan lui donna un fruit et lui confia un secret :
« Goûte ce fruit à la saveur sucrée, légèrement acide, laisse le chatouiller tes papilles, admire ces grains rouges transparents. Mais ne mange pas tous les grains, gardes-en pour rentrer chez toi.
Pour retrouver ton chemin il te suffira de prendre quatorze grains de cette grenade et d’en croquer trois, mais attention ils sont mous.
Tu disposeras les onze derniers grains en rond et une fée apparaîtra. »

La femme de ménage ouvrit la grenade en deux, prit quatorze grains, en croqua trois et mit les onze derniers en rond et comme elle était très gourmande elle repris quatre autres grains qu’elle garderait pour plus tard… et là, au lieu de voir apparaître une fée, c’est un dragon qui surgit devant elle !
Il lui donna un fruit très coloré mais fade, le fruit du dragon. En le croquant, la femme de ménage se retrouva sur la deuxième plage où l’eau était trop froide. Elle avança vers une belle maison d’un bleu clair somptueux. Elle y rencontra la fée. Celle-ci lui donna des graines de banane sèche. Elle les mit dans sa poche et reprit sa route. Elle sentait que les graines de banane lui indiquaient le chemin à suivre, ses pieds marchaient tous seuls.
En chemin elle croisa un singe. Il sauta autour d’elle, poussait des cris, et lui vola les graines de banane sèche cachées dans sa poche. Là ses pieds s’arrêtèrent de marcher, elle ne savait plus où aller, le singe avait disparu. La femme de ménage mit les mains dans ses poches et sentit un papier froissé sous ses doigts. Elle le sortit, le regarda avec attention. Ce papier indiquait la recette pour rentrer dans son village.

La femme de ménage poussa la lourde porte de la maison, Grand Poucet l’attendait dans la cuisine. Il avait l’air très fâché. Là, au lieu de chercher à s’expliquer, elle lui donna un grain de grenade qu’elle avait garder tout au long de son périple. Grand Poucet le croqua et d’un seul coup disparu ! Elle croqua aussi dans un grain de grenade et disparu également ! Ils étaient devenus invisibles. Aussitôt le perroquet fit son entrée dans la cuisine. Il avait une petite faim…
Il picora tout ce qu’il trouvait dans les bocaux, les bols et les casseroles !
Ainsi, Grand Poucet découvrit qui était le véritable voleur de nourriture et s’excusa auprès de la femme de ménage qui retrouva sa place et dorénavant fit trois repas par jour, assise à la table de Grand Poucet.


FIN

 
  Lire  une  autre  Histoire  ...